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En cette période de pandémie

Dernière mise à jour : 14 déc. 2023

Par Claude VOLKMAR


En cette période de pandémie et de confinement nous assistons à une nouvelle sociabilité, observons de nouvelles pratiques, inventons de nouvelles organisations. Mais celles-ci perdureront-t-elles une fois la crise passée ?


Le moment n’est pas anodin. Nous vivons en effet une pandémie durable qui a bouleversé nos habitudes et, plus fondamentalement, nos manières d’être avec les autres. Et, non seulement il faudra en tirer toutes les leçons, mais il faut aussi s’appuyer sur ce qui a été vécu pour changer nos pratiques et nos représentations, tout particulièrement dans notre secteur.

Une pandémie, quelle que soit sa gravité, est un fait social comme un autre, et, d’une certaine façon, pour rappeler DURKHEIM, « un fait social total », puisqu’il concentre, révèle et amplifie ce qui existait avant.

Cette crise n’a pas eu que des effets sanitaires, mais aussi économiques, politiques, relationnels, intimes.

Ce qui frappe d’abord, dès lors que l’on met de côté le sanitaire abondamment évoqué sur les plateaux-télé, c’est la résurgence de gestes de solidarité. Dans les « grands ensembles », les voisins parlent aux voisins, les plus jeunes proposent leurs services aux plus âgés, vont faire leurs courses, sortir leur chien, les adolescents proposent aux parents qui travaillent de garder leurs jeunes enfants. Les possesseurs d’imprimante impriment, pour ceux qui n’en n’ont pas, les attestations de déplacement ou encore les documents d’école pour les enfants sans ordinateur à la maison.

La sociabilité est un besoin fondamental, et le confinement a, paradoxalement, exigé la « distanciation sociale ».

Les personnes vulnérables, du fait de leur âge, de leurs pathologies antérieures, de leurs difficultés sociales ou de leur handicap, paient un lourd tribut, qui ne se décrit pas seulement en nombre de morts quotidiennes.

La ritualisation, chaque soir à 20h, lors du premier confinement, des applaudissements aux soignants est un signe de solidarité évident. Il n’a sans doute pas compensé la solitude des enfants maltraités ou des femmes battues dans des familles violentes. Il n’a sans doute pas compensé la solitude des étudiants loin de leur famille, ou des personnes handicapées ou âgées dans leur petit appartement.

Dans les établissements, on le sait, le meilleur côtoie le pire. Ils se sont réorganisés pour faire face. Il a fallu inventer de nouveaux gestes pour communiquer, cachés derrière des masques. Il a fallu réinventer les manières de transmettre la sollicitude et la bienveillance, et de prendre soin. On a pu noter un apaisement des enfants en MECS grâce à la présence plus constante de leurs éducateurs (ah, la théorie de l’attachement !). Mais il y a eu aussi les lacunes, les enfants en grande difficulté laissés à leur famille sans réel accompagnement, les personnes âgées, laissées sans visites de leurs proches, glisser vers le désespoir.

Et toutes ces questions, avec un abattement et un découragement plus palpable, ressurgissent depuis le re-confinement de l’automne, et la période étrange d’aujourd’hui.

Qu’adviendra de tout ceci quand l’épidémie s’en ira? Les nouvelles sociabilités perdureront-elles ? Y aura-t-il changement décisif des rapports sociaux, des relations professionnelles, familiales ? Verrons-nous surgir de nouveaux modes de consommation, de rapport au travail de soin et d’accompagnement, d’organisation de nos services ?

Déjà, s’entendent les : « après, plus rien ne sera comme avant », le nouveau monde attendu sera enfin là.

Que de fois n’avons-nous entendu ces propos ! Au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo, après un formidable moment de communion collective, après les applaudissements nourris à l’adresse des policiers, depuis les balcons parisiens, l’on s’était pris à rêver d’un monde plus fraternel… Pour nous réveiller tristement dans les bras de l’ancien monde !

Ne soyons pas dupes, ne sous-estimons pas les formidables capacités de résistance au changement. Dans notre « monde émotif », le ressort premier des attitudes et gestuelles des individus, est bien d’abord émotionnel, compassionnel. Mais, ce n’est pas rien. L’émotionnel déclenche l’empathie qui à son tour nourrit la fraternité et l’inventivité.

Passerons-nous enfin de la spontanéité des gestes à la durabilité des conduites ? Tel est le défi… et l’enjeu. Profitons de ce moment pour installer dans la durée le meilleur de ce que nous apprend la pandémie.

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