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L’association dans un monde en mutation

Dernière mise à jour : 14 déc. 2023

JOURNEE ASSOCIATIVE ADAPEI 42

(23 mai 2017)


Introduction


Les années passent mais le ciel économique, social et politique ne s’éclaircit pas pour autant ; je n’en veux pour preuve que la quantité d’ouvrages qui se publient chaque jour dans l’ensemble des pays développés, comme dans le cadre des pays émergents, sur la « crise qui n’en finit pas », sur pourquoi les crises reviennent sans cesse, ou sur la nécessité de changer de modèle[1].

Si les diagnostics varient selon les écoles de pensée, les sensibilités politiques, les secteurs dans lesquels les auteurs évoluent, tous se retrouvent sur les caractéristiques du monde dans lequel nous vivons, faites de turbulence, d’incertitude, d’imprévisibilité, d’interrogations sur nos modèles sociaux et économiques, de vulnérabilité non seulement des populations mais aussi des pays du fait de l’immense jeu de cartes que constitue l’interpénétration de nos économies de plus en plus intriquées, de plus en plus perméables.

A ces caractéristiques générales s’ajoutent des éléments qui touchent plus particulièrement les pays d’Europe du sud, et bien entendu la France, sur l’immense endettement que nous avons patiemment construit à partir de 1973 et qui nous a permis de bâtir un système social et sanitaire et des investissements dont nous sommes si fiers, mais que nous avons financés en grande partie à crédit. Tous les spécialistes depuis plus de dix ans, et en particulier de l’industrie, sur le déclin de nos exportations, sur une croissance atone, sur l’existence d’inégalités dans la santé comme à l’école ou dans les revenus, sur un chômage endémique qui nous envahit depuis plusieurs années.

Si j’ai cru bon de développer un peu ces données, ce n’est pas pour participer au pessimisme ambiant mais pour essayer de déceler dans ces diagnostics, paradoxalement, des messages d’espoir pour le monde associatif, et au-delà pour nous tous.

Pourquoi ne parvient-on pas à réformer ce pays ? Une des raisons principales est peut-être le strabisme qui nous conduit en permanence à regarder la situation actuelle et en même temps les années des trente glorieuses, temps heureux où nous avons vécu à l’intérieur de nos frontières et à l’abri de la concurrence des transferts de productivité qui ont résulté du transfert de population qui s’est effectué de l’agriculture vers l’industrie, puis de l’industrie vers les services, mouvement où les gouvernements pensaient avoir trouvé la pierre philosophale par le biais de l’investissement et du crédit.

Or, ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une crise (une crise est l’état paroxystique d’une maladie). Notre époque se caractérise par des cycles de crises : il s’agit plutôt d’une mutation, avec des épisodes critiques.

L’exemple de la Sécurité Sociale : une crise tous les dix-huit mois entre 1945 et 1996. Plus récemment, une crise financière tous les quatre ans. Il s’agit bel et bien d’une mutation profonde. Cette mutation est le résultat d’évolutions irréversibles, sur fond d’insouciances, de lâcheté, de cécité.

L’exemple de la France, avec une dette de 2160 milliards en 2016, qui représentent plus de 97% du PIB ! Ou encore le déficit cumulé de l’Assurance Maladie avec plus de 150 milliards sur dix ans.

Nous vivons la fin d’une période – où nous avons vécu à crédit – avec nostalgie au moment où une autre période commence à se dessiner.

Pour décrire cette mutation, je vais évoquer rapidement trois révolutions « rampantes » (« creeping revolutions », disent les anglo-saxons) :

- la révolution des emplois ;

- la révolution des mœurs ;

- la révolution de l’éducation.

Et nous sommes aujourd’hui à la fin d’une parenthèse : celle des 30 Glorieuses.

En corollaire :

- un chômage exponentiel ;

- une société difficile à lire ;

- un modèle social que tout le monde nous envie, mais que personne n’adopte !

Avec des gouvernements sans solutions, et le sentiment partagé que les méthodes traditionnelles de sortie de brise sont dépassées :

- soit c’est le garrot, et le risque déflationniste est évident ;

- soit c’est l’overdose, par la relance de l’économie, et l’endettement est croissant.

Insistons deux minutes sur ces trois révolutions « rampantes » :

§ les emplois :

- la tertiarisation croissante de l’économie, avec le transfert de millions de salariés des usines vers les bureaux, et maintenant vers les services.

- une « smicarisation » des revenus.

- le primat du virtuel et l’informatique. Dans l’usine du futur (proche), chaque produit fabriqué le sera en fonction de critères liés à l’utilisateur que la machine déterminera elle-même.

§ les mœurs : une société peu lisible et de nouveaux modèles qui se cherchent.

- rapports entre les femmes et les hommes.

- les nouveaux types de familles...

§ l’éducation :

- le dilemme énorme de l’élévation rapide des niveaux d’instruction en décalage croissant avec les niveaux d’emploi.

- la fuite en avant du couple emploi/diplôme.

- une perte de repères sur les statuts, les acquis, l’avenir.

Ce qui m’amène à un constat: le monde qui s’ouvre à nous sera totalement différent de celui que nous avons connu.


Et les associations dans tout cela ?


1. Un contexte de fortes mutations et de crise économique.

Tout au long de son histoire, le secteur associatif a montré une très grande capacité d’adaptation aux changements économiques, sociaux ou sociétaux. Les évolutions intervenues dans les 10 ou 12 dernières années ont été marquées par des changements considérables qui autorisent à parler de mutations.

Ces évolutions ont fragilisé le secteur associatif et ont conduit à des bouleversements en matière de mode d’organisation ou de logique d’action ; des pans entiers du secteur se sont restructurés.

Dans ce contexte, les associations ont aussi subi les effets d’une crise économique importante qui se traduisent notamment par une raréfaction de leurs ressources, alors même que les besoins de solidarité augmentent du fait de la crise.

L’absence de données sur le secteur associatif ne permet pas de dater avec précision le point de départ de ces mutations, mais c’est vraisemblablement vers le milieu ou la fin des années 90 que l’on a assisté à des transformations majeures de l’environnement du secteur et à ses adaptations.

Ces mutations ont d’abord concerné l’évolution et la transformation des ressources du secteur.

Je me réfère ici à l’excellent rapport du cabinet KPMG[2] , récemment paru, qui fait une bonne synthèse des causes internes et externes influençant l’évolution des asssociations qui œuvrent dans les domaines sanitaire, médico-social, de l’aide à domicile, des accompagnements périscolaire, solidaire et familial.

Contrairement à des idées ancrées et à de nombreux discours tenus, les ressources – privées mais aussi publiques – du secteur se sont accrues jusqu’à la crise économique de 2008-2009, à un rythme supérieur à celui du PIB.

Durant cette période, les ressources publiques ont augmenté à un rythme assez proche de celui du PIB, ce qui interdit donc de parler d’un désengagement de la puissance publique.

Cependant, les ressources privées – dons, mécénat, et surtout vente aux usagers – ont augmenté à un rythme deux fois plus rapide que les ressources publiques, accompagnant ainsi l’augmentation du poids du secteur associatif dans l’économie.

En outre, si les ressources publiques ont continué d’augmenter, elles ont cependant subi d’importantes modifications qui ont déstabilisé de nombreuses associations.

La baisse des financements de l’État et la montée en charge des collectivités locales.

D’une part, l’évolution de l’origine des financements publics a été marquée par une baisse considérable de la part de l’État et un rôle plus important des acteurs locaux, notamment des conseils généraux. La décentralisation explique une part de cette évolution car elle se traduit mécaniquement par une baisse du rôle de l’État et une montée en charge des collectivités locales.

D’autre part, le contexte des déficits publics explique aussi l’accélération des modifications en matière de financement et le recul de l’État. La question des déficits publics et de la dette n’est en effet pas récente, même si elle se pose désormais avec plus d’acuité.

A la fin des années 90, les finances de l’État sont en déficit, et c’est un déficit structurel – qui n’est pas lié à des phénomènes conjoncturels – qui explique que l’État soit progressivement amené à contracter ses dépenses et à augmenter les responsabilités des collectivités locales dont les finances ne sont pas (encore !) en crise, au moins en ce qui concerne les départements et les régions.

Les financements en direction du secteur associatif vont alors évoluer dans ce cadre.

La montée en charge des acteurs locaux va permettre de compenser la baisse des financements de l’État jusqu’à la crise. Mais cette compensation n’a pu se faire que dans certaines propositions, et de nombreuses associations n’ont pas pu remplacer le partenariat qu’elles avaient construit avec l’État.

Une transformation des subventions publiques en commandes ou en appels d’offres.

Parallèlement à cette évolution, les financements publics vont connaître une accélération de la tendance de long terme qui voit la transformation des subventions publiques en commandes publiques. Cette transformation a plusieurs origines, et notamment un changement de nature philosophique de la conception des relations entre l’État et les associations, exprimé par le rapport Langlais.

Ce dernier propose de rompre avec « la culture de la subvention » et suggère que la distribution des subventions laisse désormais la place à un système de commandes publiques.

Les réglementations fiscales et les réglementations européennes (il faudrait ici pouvoir développer l’évolution des conceptions européennes envers les associations, depuis la directive BOLKESTEIN jusqu’à la récente - si l’on regarde cela dans un perspective longue - directive sur les services d’intérêt général –SSIG-), puis enfin la loi de 2014 sur l’économie sociale et solidaire, contribuent aussi à accélérer ces évolutions en fournissant un cadre plus strict pour l’octroi des subventions. Le risque judiciaire et le risque fiscal ont certainement joué un rôle dans le processus de transformation des formes du financement public, même s’ils ont été parfois sur-interprétés par les acteurs publics : un certain nombre d’éléments conduisent en effet les pouvoirs publics – notamment les collectivités locales – à préférer cette forme de financement qui leur offre une meilleure visibilité et leur permet de formater l’action des associations aux politiques qui ont été définies localement.

Une enquête conduite par la FONDA montre que les associations comprennent dans une certaine mesure que les pouvoirs publics doivent faire face à un contexte budgétaire resserré.

Cependant, cette enquête révèle aussi que les associations incriminent davantage la baisse des subventions publiques et la généralisation des appels d’offres qu’elles estiment plus gênantes car elles ne permettent pas de financer les initiatives du secteur, et sont de nature à instrumentaliser le secteur, en particulier le médico-social.

Une privatisation croissante des ressources : un développement important de la participation des usagers.

Si le secteur associatif a vu la part de son poids économique et de l’emploi salarié croître régulièrement jusqu’à la crise, c’est surtout grâce à l’augmentation des financements privés, et plus particulièrement de la participation des usagers au service rendu par l’association.

Cette augmentation a plusieurs origines : d’une part, les modifications structurelles du secteur associatif, et notamment le développement important des associations de membres qui vivent grâce à des cotisations ou des ventes aux usagers, et d’autre part, le fait que certaines associations ont aussi dû demander à leurs adhérents et à leurs bénéficiaires une participation plus importante pour compenser la contraction des financements publics.

L’impact de la participation des usagers sur l’orientation des projets associatifs n’est pas neutre. En effet, elle peut conduire les associations à orienter davantage leurs projets et leurs actions vers des publics solvables.

Un contexte de forte professionnalisation.

Cette période est aussi marquée par un contexte de professionnalisation important qui a de fortes répercussions sur les associations. La bonne volonté ne suffit plus pour agir et mettre en place les projets, et les interventions sont devenues de plus en plus techniques.

En effet, ces dernières nécessitent des équipements adaptés mais aussi un travail – bénévole ou salarié – de plus en plus qualifié ; des normes réglementaires encadrent d’ailleurs l’action des associations qui ont besoin de pouvoir s’appuyer sur des compétences précises.

Or les associations rencontrent des difficultés pour l’accès aux compétences. En matière d’emploi salarié, le moindre niveau de rémunération dans les associations, en comparaison au secteur privé marchand, et la précarité de l’emploi salarié expliquent que les associations aient des difficultés à trouver et à conserver leurs employés ; la rotation des emplois devient très élevée et est source de difficultés et de surcoûts.

En matière de travail bénévole, les difficultés sont aussi importantes. La volonté d’engagement des Français n’est pas en cause : les enquêtes et les sondages montrent que les Français souhaitent s’engager davantage dans les associations, mais si les associations ont besoin de bénévoles, elles ont surtout besoin, dans le contexte actuel de professionnalisation et de concurrence, de bénévoles ayant des compétences particulières qu’elles ne parviennent pas à trouver.

La concurrence entre associations.

Le nombre de créations d’associations et le nombre d’associations vivantes ont régulièrement augmenté depuis la promulgation de la loi de 1901, mais le mouvement s’est considérablement accéléré dans les dernières années (plus de 400 000 associations se sont créées au plan national ces 6 dernières années[3]).

Si cette vitalité associative est rassurante en termes de vie démocratique et d’engagement citoyen, elle se traduit dans les faits par une hausse très importante du nombre des associations, qui entrent en concurrence croissante entre elles, alimentant le sentiment de raréfaction des ressources et générant de multiples difficultés.

Quelques données pour comprendre l’importance du monde associatif[4] :

L’étude « La France bénévole révèle que le nombre de bénévoles est passé de 11,3 millions à 13,2 millions entre 2010 et 2016.

Les associations de notre région se sont émues récemment de la diminution des ressources qui leur sont allouées par le Conseil Régional. Les données récentes du CESER font état de plus de 150 000 associations dans notre région, qui emploient 236 000 salariés, soit près de 10% de l’emploi privé[5]. Ce qui représente un poids économique considérable.

La problématique du renouvellement des Dirigeants associatifs[6] et de la gouvernance des associations.

Il est injustifié de parler de « crise du bénévolat », même s’il n’y a jamais assez de bénévoles et si les exigences de compétences à leur égard augmentent. Par contre, il y a une vraie crise du renouvellement des dirigeants associatifs. D’ailleurs, dans les représentations courantes, certains Présidents parlent de « crise du bénévolat »…alors que le seul vrai problème est celui de leur succession. Nous considérons que cette question est centrale et que beaucoup d’associations meurent, ou vont mourir dans les années à venir, faute de l’avoir prise à bras le corps.

Globalement, les dirigeants associatifs, et tout particulièrement les Présidents, sont plutôt âgés…et plutôt des hommes, ce qui nous faire dire brutalement que nombre d’associations sont soumises à un double handicap : celui de gérontocratie et celui de phallocratie !

Des raisons multiples à ces difficultés

On peut distinguer 3 types de raisons majeures à cette très grande difficulté de renouvellement des dirigeants associatifs :


1. Des raisons objectives :

- La disponibilité : de fait, assurer des responsabilités associatives implique des contraintes de temps et de durée. De ce fait, les dirigeants associatifs sont souvent des retraités, avec des caractéristiques sociologiques spécifiques ;

- Le risque juridique ou la crainte du risque juridique : dans certains cas, très limités et rares, les Présidents peuvent être civilement et pénalement responsables et peuvent être saisis sur leurs biens personnels. Le contexte général de « judiciarisation » qui touche les élus locaux, les médecins…entraîne une crainte du type « je veux bien avoir des responsabilités, mais ni ¨Président, ni Trésorier » ! ) ;

- Les contraintes de gestion : quelle que soit la taille de l’association, les budgets, sauf exception, sont difficiles à boucler et se font avec des financements multiples (des adhésions, des subventions, des contrats, du mécénat privé, des prestations purement commerciales…).

2. Des raisons d’évolution sociologique globale et externe :

Elles sont plus dispersées :

Le phénomène unanimement reconnu qui fait privilégier davantage l’action et son résultat immédiat que le Projet associatif. D’où l’analyse (nostalgique) de certains qui regrettent la fin d’une certaine forme de militance et marquent une grande réserve à l’égard d’un bénévolat « plus individuel et plus contractuel ». Ceci se traduit souvent par : « je veux bien faire des choses concrètes, mais je ne veux pas prendre de responsabilités », et d’autant que les limites de ces responsabilités sont souvent floues et qu’elles impliquent des activités institutionnelles souvent peu gratifiantes (de la gestion, des CA, des AG…).

3. Des raisons de gouvernance interne :

Plus les Dirigeants sont anciens et portent « intégralement » l’association, plus leur succession est difficile, surtout que la tendance naturelle est de rechercher son clone.

A l’inverse du phénomène précédent, d’anciens cadres issus de milieux professionnels qui reproduisent dans l’association les logiques de pouvoir de l’entreprise…, parfois pires, compensent dans l’association les frustrations de carrière qu’ils ont eues dans leur vie professionnelle. De ce fait, c’est le pouvoir et l’ego qui sont favorisés au détriment du Projet Associatif.

La double impasse du « recrutement » externe et de la recherche de l’ « homme (ou de la femme) miracle ».

Compte tenu à la fois de la pénurie relative de dirigeants et des difficultés de la gouvernance associative, la voie du « recrutement direct » externe se révélera dans la majorité des cas comme une illusion, encore plus s’il s’agit du fondateur charismatique… qui sait tout et qui fait tout !

Une seule voie possible, celle de l’évolution de la gouvernance interne.

Sauf exception qui relève du miracle, seule la voie de la promotion interne, plus lente, est réaliste, au travers d’une problématique plus complexe, composée de 3 dimensions intimement liées :

- celle de la « formation permanente » des dirigeants associatifs (dans sa composante généraliste de management associatif) et dans cet apprentissage de l’art de la gouvernance ;

- celle de la « délégation », c’est-à-dire de la répartition des responsabilités et du fonctionnement collectif dans la gouvernance ;

- celle du « recrutement » de compétences bénévoles, avec tout ce qui y est associé : les sources de recrutement, les critères, la cooptation des nouveaux entrants, la parité, les processus d’intégration…

Le renouvellement du Président(e) arrivera comme une conséquence, harmonieuse, d’un travail constant sur ces trois dimensions, et non (très rarement) comme la découverte de l’homme ou de la femme providentielle !

Pour compléter cette approche par les questions posées à la gouvernance, je souhaite faire un détour par les questions posées par le renouvellement des militants associatifs aujourd’hui, sous la forme des freins, mais aussi des facilitateurs qu’il faut avoir à l’esprit :

- Notre société « post - moderne » et individualiste engendre des comportements de recherche du confort, le consumérisme, l’exigence du « tout, tout de suite ». Or, l’engagement associatif exige la mise entre parenthèse de son intérêt immédiat, et une vision long terme. C’est toute la logique de construction des projets associatifs qui se trouve bouleversée : peut-être faudra-t-il privilégier dorénavant des projets qui durent peu de temps, et qui permettent de voir des résultats rapidement. Ce qui permettra aux nouveaux militants de « zapper » utilement !

- La sur réglementation décourage les bonnes volontés. Dans notre société sécuritaire (du fantasme du « risque zéro »), quels sont les risques raisonnables qu’il convient de prendre ? Or, on oublie de dire, notamment en matière d’éducation, que, pour faire grandir des petits d’hommes, la prise de risque et la gestion des aléas sont des ingrédients indispensables, sinon, il ne se passe rien ! Une des réponses à développer dans les associations est sans doute la formation, notamment celles concernant les responsabilités, qui permet de dédramatiser les inquiétudes, et d’avoir des militants avertis !

- Le fonctionnement peu démocratique de nombreuses associations est également un facteur très dissuasif. Les places interminablement occupées par les mêmes, le fonctionnement parfois autocratique des dirigeants, la difficulté d’accéder aux informations, peuvent décourager plus d’un à s’impliquer dans les bureaux ou conseils d’administration ! Rendre le fonctionnement associatif plus démocratique est donc une nécessité vitale !

Quelques leviers positifs pour finir :

- Développer des projets concrets et des actions de proximité dont les militants verront les effets concrets. L’importance du « faire ensemble » est déterminante pour l’engagement ;

- Permettre que l’association devienne « apprenante ». Ce terme venant de l’entreprise est cependant parfaitement adapté à l’objet associatif : c’est dans des logiques d’apprentissage que s’effectue le passage du consommateur à l’acteur ;

- Faciliter les prises de responsabilités, qui permettent d’éprouver ses limites, et ses capacités ;

- Permettre de prendre des risques dans un cadre sécurisé. Ce qui demande une organisation lisible, et quelques procédures de base ;

- Construire une communauté, avec des convictions partagées, et des relations d’amitié ;

- Permettre que se vivent des moments d’émotion, d’enthousiasme, des moments festifs!

Pour conclure

Dans son très beau livre sur La crise sans fin[7], Myriam REVAULT D’ALLONNES nous encourage, malgré la perte irrémédiable de nos certitudes, à accueillir le futur sans désespérer.

Elle remet en perspective les métaphores qui ont toujours accompagné les grandes périodes de mutations depuis la révolution copernicienne qui a fait dire à la marquise des Entretiens sur la pluralité des mondes[8] qu’on n’aurait « jamais dû recevoir le système de Copernic, puisqu’il est si humiliant ». Le choc infligé à l’homme par la démonstration de Copernic a été commenté de très nombreuses fois, de PASCAL avec son très beau texte sur la nouvelle angoisse de l’homme se sachant fini au cœur d’un espace, infini, à FREUD qui raconte les trois humiliations infligées à l’homme et à son égoïsme naïf dans l’Introduction à la psychanalyse. Tant la conscience de soi dans les moments de grands changements révèle toujours la perte des fausses certitudes de l’expérience.

Parmi ces métaphores, l’auteur cite l’une des plus évocatrices du désarroi devant notre incertitude de l’avenir, dans l’expérience contemporaine de la crise. Elle est développée par H. BLUMENBERG dans son Naufrage avec spectateur[9] et prend la forme de la métaphore du voyage en mer. Nous n’avons plus l’assurance de pouvoir débarquer dans un port sûr, et il faut nous préparer, dit BLUMENBERG, à « dériver durablement sur la mer ».

Filant cette métaphore maritime Myriam REVAULT-D’ALLONNES nous conseille : « faute de pouvoir ramener le bateau en cale sèche pour le réparer, nous devons le faire en pleine mer. Plus encore, en l’absence d’une terre ferme que l’on puisse atteindre, le bateau doit déjà être construit en pleine mer. A quoi renvoie cette nouvelle variante ? Nous pourrions l’interpréter librement comme une métaphorisation de la crise dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. L’absence de terre ferme n’est pas seulement la perte du sol des évidences assurées, c’est aussi ce futur d’autant plus indéterminé qu’aucune expérience du passé ne nous aide à le cerner. Toute la question est de savoir si nous sommes voués à dériver comme le malheureux naufragé qui s’accroche à sa planche ou à son radeau ou bien si nous pouvons transformer cette errance sur la mer de la vie en une situation existentielle : celle qui consiste à accepter de naviguer dans l’incertitude et l’inachèvement, d’y construire et d’y réparer les bateaux ».

Cette métaphore nous encourage à penser et à repenser les outils qui nous permettent de naviguer, malgré l’absence de certitudes et de points de repères.

Et doit vous inciter à lire :

L’actualité bibliographique est remplie de travaux économiques prospectifs sur la fin du modèle productif classique au profit d’un nouveau monde centré sur les « communaux collaboratifs », facilités et aisément déployés par le formidable essor des liens et réseaux numériques via internet. Cette expression de Jeremy RIFKIN (La nouvelle société du coût marginal zéro, 2014, Éditions Les liens qui libèrent) illustre le retournement possible, et à grande échelle, des comportements de consommation de masse. Comment ? Avec l’internet des objets, vaste plateforme technologique qui va connecter l’ensemble des machines, des entreprises, des individus, des domiciles, des véhicules etc. Nous entrons peu à peu dans une nouvelle logique où produire des biens, des relations, des services, coûtera de moins en moins cher, puisque la production n’est plus centrée sur la possession, mais simplement sur l’usage et l’échange. Dès lors se dessine une nouvelle ligne d’innovation pour les associations de notre secteur, et d’implication des bénéficiaires (familles et personnes handicapées elles- mêmes) dans la définition de ce qui « va être bon pour elles » dans les services que nous leur rendons. Je crois sincèrement que cette ligne, si elle est réellement mise au travail, va permettre de renouveler le mode d’implication et de fidélisation des bénévoles et des adhérents dans nos associations.

Longue vie aux associations dans cette nouvelle société connectée et des « communaux collaboratifs » !


[1] Pourquoi les crises reviennent toujours de Paul KRUGMAN et Joëlle CICCHINI (1 mars 2012) Crise financière : Pourquoi les gouvernements ne font rien de Jean-Michel NAULOT (3 octobre 2013) La Crise incomprise quand le diagnostic est faux, les politiques sont néfastes de Oskar SLINGERLAND et Maarten Van MOURIK (15 janvier 2014) Crise de Kathy REICHS, Marie-France GIROD et Emmanuelle PAILLER (8 novembre 2012) Changer de modèle de Philippe AGHION, Gilbert CETTE et Elie COHEN (3 avril 2014) Quand la France s’éveillera de Pascal LAMY (6 mars 2014) Crise ou changement de modèle ? de Elie COHEN (30 octobre 2013) [2] KPMG, Rapport sur les stratégies des acteurs associatifs et proposition pour faire évoluer les modèles socio-économiques des associations, janvier 2017. [3] La France associative en mouvement 2015, Recherche et solidarités. [4] La France bénévole, 2016, Recherche et solidarités. Voir également : L’évolution de l’engagement associatif en France de 2010 à 2016, France bénévolat. [5] Voir le site le mouvement associatif Auvergne-Rhône-Alpes, qui apporte de nombreuses informations. [6] Pour en savoir plus, se référer à une étude complète de France Bénévolat « Le « recrutement » et la formation des dirigeants associatifs, un enjeu vital pour l’avenir des associations ! » sous la direction de D. Thierry 2008 – www.francebenevolat.org (Onglet Documentation). [7] REVAULT-D’ALLONNES Myriam, La crise sans fin. Essai sur l’expérience moderne du temps, Paris, Seuil, 2012. [8] De FONTENELLE Bernard, Entretiens sur la pluralité des mondes, Hachette, 2012 (édition 1899). [9] BLUMENBERG Hans, Naufrage avec spectateur, Paris, Arche, 1994 (traduction L. CASSAGNAU).



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